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Une fois encore, le Bulletin officiel prône en ce 22 octobre la « commémoration du souvenir de Guy Môquet et de l’engagement des jeunes dans la Résistance ». Une fois encore il y est précisé, au cas où quelques enseignants voudraient s’en affranchir, que « les chefs d’établissement veilleront à mobiliser les élèves et les équipes éducatives autour de cette commémoration, qui s’appuiera sur la lecture de la dernière lettre à sa famille (…) ».

Cette lettre, on la connait, elle a ému jusqu’à notre équipe de rugby.

« Ma petite maman chérie,

mon tout petit frère adoré,

mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime »

Difficile en effet de ne pas être touché. Difficile également de faire plus consensuel dans le choix de cette lettre, qui présente la caractéristique de ne pas comporter le moindre élément politique. Tout entière construite autour de l’intime, elle conserve une dimension strictement familiale, ce qui est on ne peut plus normal puisque c’est à sa famille et à personne d’autre que Guy Môquet s’adresse à la veille de sa mort.

L’ennui, c’est qu’à ce cadre privé, on peut faire dire n’importe quoi. Y compris et surtout lorsque Nicolas Sarkozy, au lendemain de son investiture, annonce la lecture obligatoire de la lettre à tous les lycéens, « parce qu’un jeune homme que 17 ans qui donne sa vie à la France, c’est un exemple non pas du passé, mais de l’avenir. »

Passons sur l’appel à peine voilé au sacrifice patriotique de la jeunesse, pour ne se concentrer que sur ces mots : « un jeune homme de 17 ans qui donne sa vie à la France ». Rien n’est plus faux.

Utiliser cette expression pour parler de Guy Môquet, c’est à la fois un contresens total, une énorme boulette, voulue ou non, et un insulte à sa mémoire.

On a déjà beaucoup parlé de ce contresens, mais rappelons-le : Guy Môquet est avant tout un militant communiste.

Or, en partie en raison du pacte de non-agression germano-soviétique, qui dure jusqu’à sa rupture unilatérale par l’Allemagne en juin 41, le PCF adopte une posture pacifiste. C’est d’ailleurs le gouvernement français qui arrête Prosper Môquet, le père de Guy, ainsi que d’autres militants communistes accusés entre autres de démoraliser les troupes. (N’oublions pas que quelques années à peine avant la guère, les rouges étaient considérés comme une menace bien plus grande que le chancelier Hitler.)

Face à une guerre considérée comme impérialiste, la ligne du PCF tend donc à préserver avant tout les intérêt de la classe ouvrière menacés par la bourgeoisie, y compris française. Les tracts et « papillons » que répandaient Guy Môquet vont totalement en ce sens, faisant primer la lutte des classes avant tout :

« Châtiment pour les responsables de la guerre ! Liberté pour les défenseurs de la paix ! Libérez Prosper Môquet. Député des Épinettes ».

« Il faut un gouvernement du peuple »

« Les soviets, c’est le pouvoir du peuple ».

« Les riches doivent payer »

« Pour les chômeurs, la famine. L’opulence aux profiteurs de guerre. Chômeur, fais rendre gorge aux voleurs. Exige l’indemnité de 20 francs par jour »

 

 

Quand Sarkozy appelle à « rendre hommage à ces jeunes résistants pour lesquels la France comptait davantage que leur parti ou leur église », il est donc complètement à côté de la plaque. Ce n’est pas fini. Non seulement l’engagement communiste de Guy prenait le pas sur son engagement patriote, mais c’est également à cause de son seul engagement communiste qu’il a été tué.

Arrêté à 16 ans par la Brigade spéciale de répression anticommuniste, qui sévissait depuis l’interdiction du parti par Daladier – et non par Vichy – le 26 septembre 39, il est emprisonné à Fresnes puis transféré au camp de Choisel, où sont parqués des communistes arrêtés entre septembre 39 et octobre 40.

Le 20 octobre 41, un commandant allemand est abattu par des résistants. En représailles, le général von Stülpnagel ordonne l’exécution de 50 otages.

C’est là que Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur de Pétain, propose courtoisement aux Allemands une liste de noms – des communistes, cela va de soi – « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français ». Guy Môquet n’en faisait pas partie, mais il a été ajouté par les Allemands parce qu’il correspondait aux critères de leur « code des otages », qui visait lui aussi à éliminer en priorité les militants anarchistes ou communistes et ceux qui distribuaient des tracts.

 

 

 

Guy Môquet est un communiste arrêté par la police française et fusillé par les Allemands. Il n’a pas résisté à un envahisseur mais à un système, et il n’a certainement pas « donn[é] sa vie à la France ».

Quand on l’a arrêté en compagnie d’un copain au métro Gare de l’Est, il avait un papier sur lui. Un poème, que Nicolas Sarkozy, étonnamment, n’a pas proposé comme lecture édifiante aux lycéens français. Le voici.

« Parmi ceux qui sont en prison

Se trouvent nos 3 camarades

Berselli, Planquette et Simon

Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés

Mais patience, prenez courage

Vous serez bientôt libérés

Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays

Ces agents du capitalisme

Nous les chasserons hors d’ici

Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution

Pour que vainque le communisme

Pour vous sortir de la prison

Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous

Par leur action libératrice.»

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D’accord, on aurait plutôt tendance aujourd’hui à fêter son 90e anniversaire. Mais au lieu de s’attrister sur les sombres perspectives d’avenir d’un parti quasi moribond, je préfère revenir au journal télévisé qui célébrait, le 29 décembre 1970, le cinquantenaire de la création du PC. (On ne remerciera jamais assez le site de l’INA pour les perles qu’il contient.)

Du 25 au 30 décembre 1920, donc, pour ceux qui auraient séché les universités d’été du parti, a eu lieu le Congrès de Tours, ou plus exactement le 18e congrès national de la SFIO.
En fait de trêve de Noël, on eût plutôt droit à un joyeux carnage qui vit la séparation des partisans, minoritaires, du maintien de la IIe Internationale -ceux qui restèrent à la SFIO, donc- et des partisans -majoritaires- du ralliement à la IIIe Internationale, créée à Moscou en mars 1819 sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks.
Le Congrès de Tours voit alors naître malgré les récriminations de Léon Blum un nouveau parti, la Section française de l’Internationale communiste, qui devient rapidement le PCF.

La vidéo est intéressante en ce qu’elle fait intervenir un témoin direct, ce qui, forcément, est un tantinet plus compliqué à notre époque.

La vidéo en question

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Un beau matin, j’ai fini par en avoir assez d’entendre des gens autour de moi répéter avec conviction que «si le Père Noël est en rouge, c’est à cause de Coca » sans que je puisse savoir avec précision ce qu’il en était, et faire quelques recherches – toutes les données de l’article ont été croisées et recoupées – en vue d’évacuer une bonne fois pour toutes cette légende aussi tenace qu’une trainée de suie (on ne songe jamais assez à la corvée de lessive qu’affrontent ces pauvres elfes le 26 décembre). Non, ce n’est pas Coca-Cola qui a peint le Père Noël en rouge. Mais quitte à raconter l’histoire de ce mythe actuel, autant partir du début :

De Saint Nicolas à Santa Claus

Au Moyen-Age se répand dans une partie du nord de l’Europe (Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Nord et Est de la France) le culte de Saint-Nicolas, que l’on prend l’habitude célébrer le 6 décembre, jour de sa mort. Cet évêque de Myre , située dans le sud de l’actuelle Turquie, passe dans les hagiographies pour un protecteur de la jeunesse. La légende inspiratrice de la tradition veut qu’ayant rencontré un père envisageant de livrer ses trois filles à la prostitution, faute de dot, il jeta dans leurs bas séchant devant la cheminée trois bourses d’argent.

Malgré la Réforme, il parvient à se maintenir tant bien que mal aux Pays-Bas sous le nom flamand de Sinter Klaas.
Or, un siècle plus tard aux Amériques, lorsque New Amsterdam devient New York en 1667, Anglais et Hollandais se trouvent amenés à cohabiter., et – rien de très nouveau sous le soleil – les vaincus apportent aux vainqueurs certaines de leurs tradition, à commencer par la fête de Sinter Klaas. Trouvant le mot imprononçable, les Anglais adoptent la fête mais s’empressent de rebaptiser le saint Santa Claus.

Seulement, deux fêtes pour les enfants dans le même mois, cela fait beaucoup. De fil en aiguille, les Anglais en viennent à mélanger les fêtes religieuses du 6 et du 25 décembre jusqu’à ce que ce soit finalement Santa Claus qui apporte aux enfants leurs cadeaux pour célébrer la naissance du petit Jésus.

La mise en place de la représentation actuelle

Jusqu’ici, ce Santa Claus pourvoyeur de présents est resté un vieil évêque austère en robe plus ou moins mitée, monté sur une mule. Pour faire rêver les enfants, on a vu mieux.
Le 23 décembre 1823, le journal New Yorkais Sentinel publie un poème attribué au clerc Clement Clarke Moore ,« A Visit From St. Nicholas », qui pose les bases premières de la représentation de Santa en gros bonhomme jovial aux joues rubicondes.

(…)
As I drew in my head, and was turning around,
Down the chimney St Nicholas came with a bound.

He was dressed all in fur, from his head to his foot,
And his clothes were all tarnished with ashes and soot.
A bundle of Toys he had flung on his back,
And he looked like a peddler, just opening his pack.

His eyes-how they twinkled! his dimples how merry!
His cheeks were like roses, his nose like a cherry!
His droll little mouth was drawn up like a bow,
And the beard of his chin was as white as the snow.

The stump of a pipe he held tight in his teeth,
And the smoke it encircled his head like a wreath.
He had a broad face and a little round belly,
That shook when he laughed, like a bowlful of jelly!

He was chubby and plump, a right jolly old elf,
And I laughed when I saw him, in spite of myself!
A wink of his eye and a twist of his head,
Soon gave me to know I had nothing to dread.

He spoke not a word, but went straight to his work,
And filled all the stockings, then turned with a jerk.
And laying his finger aside of his nose,
And giving a nod, up the chimney he rose!

He sprang to his sleigh, to his team gave a whistle,
And away they all flew like the down of a thistle.
But I heard him exclaim, ‘ere he drove out of sight,
« Happy Christmas to all, and to all a good-night! »

Le poème va connaître un grand succès aux Etats-Unis d’abord, puis dans le reste du monde, diffusant avec lui la figure de Santa Claus. L’Angleterre sera un des premier pays européens à le récupérer dans les années 1850 en l’adaptant à ses propres traditions, créant ainsi Father Christmas.

Soit dit en passant, relisez donc ces deux vers : « The stump of a pipe he held tight in his teeth,/And the smoke it encircled his head like a wreath »…Vous ne rêvez pas : à l’origine, le Père Noel fumait comme un pompier.

En parlant de pompier, on peut enfin en arriver à la couleur rouge. Pour l’instant, comme on peut le voir dans le poème, l’habit de Santa n’est pas attaché à une couleur particulière, ce qui va évoluer au cours de la seconde moitié du XIXe.

En 1862, le caricaturiste germano-américain Thomas Nast illustre la couverture du Harper’s Weekly d’une représentation de Santa aux couleurs du drapeau américain. C’est une image plutôt mélancolique, mettant en scène la séparation des soldats et de leur famille, en pleine guerre de Sécession. Mais par la suite, Nast ne va cesser d’illustre le Père Noël, travaillant sans cesse le personnage, lui construisant sa légende et son domicile au Pôle Nord.

La plupart de ces gravures, destinées à des journaux, n’étaient pas colorisées. En revanche, des chromolithographies illustrant le poème « A visit of St Nicholas » se multiplient, représentant progressivement un Santa Claus en habit rouge. En 1897, on trouve même des jeux de cube à cette image. En étudiant ces images, je me suis aperçue que nombre de ces jeux et livres ont été produits par la maison d’édition McLoughlin Bros., pionnière en matière d’édition couleur de livres pour enfants et qui a sans doute dû par là jouer un rôle dans la diffusion de cette représentation.

Parallèlement, l’imprimeur Louis Prang invente la carte de Noël. Le personnage de Prang lui-même est atypique : né au royaume de Prusse, il participe à travers ses voyages en Europe au Printemps des peuples de 1848,et est contraint de s’exiler d’abord en Suisse, puis aux États-Unis. Les cartes de voeux qu’il produit, rencontrant rapidement un certain succès, montrent pour beaucoup un Santa Claus indubitablement vêtu de rouge.

Cette image de 1885 met en scène l’invention toute récente du téléphone, qui a commencé à faire son apparition dans les foyers américains en 1877. Les enfants sages représentés sont donc loin d’être les plus défavorisés.

La diffusion à travers Coca-Cola

Tout commence dans les années 1920, quand Coca-Cola lance une campagne de publicité pour répandre l’idée que le coca ne se boit pas qu’en été et qu’il peut au contraire être consommé à n’importe quelle saison.

En 1930, une première publicité de Fred Mizen montre un Père Noël en habit rouge et fourrure blanche au milieu de la foule d’un centre commercial, savourant un coca. Puis en 1931, la marque fait appel à Haddon Sundblom pour illustrer une nouvelle campagne ayant pour vedette Santa se désaltérant d’un coca-cola entre deux cheminées.

La Coca-Cola Company n’est donc en rien l’inventrice de l’image actuelle du Père Noël, ce qui est d’ailleurs rappelé sur leur site, au milieu de bon nombre d’imprécisions. Le fait qu’il soit habillé aux couleurs de la marque était une aubaine, elle en a profité avec à-propos. En revanche, c’est sans doute cette campagne publicitaire ainsi que les suivantes qui ont contribué, par l’ampleur de la renommée de Coca-Cola, à diffuser et fixer dans les esprits à travers le monde la représentation actuelle de Santa Claus. Amen.

(Pour revenir à l’essentiel après tant de sérieusetés: Et si le Père Noel était allé vivre au Kirghizistan ?)

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