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La découverte sidérée dans cet article de blog du guide de savoir-vivre écrit par Barbara Cartland m’a replongée dans l’un de mes plus vieux vices cachés : les traités de bonnes manières.

Je ne m’attends pas à faire comprendre à mes béotiens de lecteurs – heureusement pour eux, diront les mauvaises langues – le plaisir raffiné de se pencher sur des questions essentielles telles que la manière dont vos enfants devraient parler aux domestiques, ou de dresser un plan de table selon qu’un cardinal, une vieille duchesse ou un chef d’État sont de la partie.

Cependant au-delà du potentiel humoristique prononcé, l’étude des bonnes manières et de leur histoire peut présenter une source d’intérêt indéniable. D’ailleurs tenez-le vous pour dit, je compte bien en décortiquer quelques uns ici de temps à autres.

Quelle est la part dans le savoir-vivre de marque d’appartenance à un milieu, de formatage social ou simplement de régulation du vivre-ensemble ? Les manuels sont innombrables, et diffèrent selon leur but et leur destination. Un guide nobiliaire du début du XXe traitant des 1001 moyens de ne pas couper sa salade n’aura pas le même usage qu’une brochure à quelques sous de la bibliothèque bleue enseignant à ne pas se moucher à table, même si l’on reste dans la même logique.

Comme le rappelle Lise Andries en citant Norbert Elias, « ce furent d’abord les personnes d’un rang social supérieur qui exigèrent des individus socialement inférieurs ou éventuellement de leurs pairs un contrôle plus rigoureux des pulsions ou un refoulement de l’affectivité. »
Tout est là : savoir tenir son rang.

A tel point que Lise Andries achève son article par une affirmation de Charles Nisard qui appellerait pour le moins à être discutée : « Les révolutions qui ont déchiré la France et transformé nos mœurs ont confondu toutes les différences qui distinguaient  entre eux les membres de l’ancienne société française, ce qui tendait à régler les rapports des uns avec les autres est désormais devenu inutile. L’égalité a tué la civilité. »

On pourrait penser au contraire que dans une société où n’étant plus soumis à un rapport de domination, chacun est l’égal de l’autre, la civilité est plus que jamais cruciale. Mais d’autres questions se posent, comme l’abandon de la galanterie ou le rapport à la liberté d’une politesse qui repose, par définition, sur le conformisme.


Que deviendrait la politesse dans une société anarchiste ? Vous avez deux heures.

(à toutes fins utiles, rappelons que police et politesse n’ont pas, contrairement aux apparences, la même étymologie.)

Approfondir :
« Les manuels de savoir-vivre de la bibliothèque bleue », Lise Andries

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Ce qu’il y a de merveilleux avec la recherche historique, c’est que les sources de divertissement -et par là même, de procrastination – sont omniprésentes. Au détour d’une journée en bibliothèque, je suis tombée sur l’indispensable  Instruction à l’usage des grandes filles, pour être mariées.

Quelques mots d’abord sur le texte en question, qui vient de la Bibliothèque bleue, de petits livres à la mauvaise couverture bleue que l’on pouvait acheter, du XVIIe au XIXe siècle, auprès du colporteur quand il passait au village.  Souvent recyclés d’anciens best-sellers, on pouvait aussi bien y trouver des romans de chevalerie que des livres d’interprétations des rêves, des manuels de savoir-vivre ou encore des contes de fées.
Quant à cette brochure, elle date probablement de 1715, et était destinée à un public populaire. La forme dialoguée, par exemple, est un outil de vulgarisation souvent utilisé.

Apprenons donc sans plus tarder comment marier ses filles pour les nuls :

 

  • Demande. – Quel est le Sacrement le plus nécessaire aux grandes Filles ?
    Réponse. – C’est le Mariage.
  • D. – A quel âge doit-on marier les filles ?
  • R. – Selon comme elles sont belles.
  • D. – Les plus belle, à quel âge faut-il les marier ?
  • R. – C’est ordinairement à seize ou dis-huit ans.
  • D. – Pourquoi à cet âge ?
  • R. – De peur qu’il arrive quelque inconvénient à leur honneur.
  • D. – Mais celles qui ne sont pas belles, à quel âge faut-il les marier .
  • R. – Aussitôt que les garçons les demandent, pour ne pas perdre la bonne occasion.

 

Résumons : il faut marier tôt les jolies filles de peur qu’elle ne s’en aillent rouler dans une meule de foin avec le premier maraud venu, et les laiderons plus tôt encore, histoire de s’en débarrasser… Imparable.
Passons maintenant aux choses sérieuses : les divers moyens de se procurer un Amant. (un futur promis, donc, pas un maraud quelconque. Suivez un peu.)

  • R. – Premièrement, il faut avoir la sagesse & la modestie ; secondairement être bonne ménagère & bien actionnée à son occupation & à son travail, troisièmement, être bien propre dans ses habillements, dans son linge & dans sa chambre, quatrièmement, ne pas s’aviser de porter plus que son état le permet, car c’est un moyen de les renvoyer plutôt que de les attirer.

Honni soit le bling-bling. Amen.

Pour parachever le tableau, ajoutons que la jeune fille doit éviter devant son amant « les paroles hardies & peu respectueuses, de peur de le fâcher », « être toujours de bonne humeur, principalement devant lui », et surtout ne jamais au grand jamais « rire le long des rues avec beaucoup d’éclat, car cela fait voir que c’est une évaporée. »

Mesdemoiselles, vous êtes prévenues.

Sources : La bibliothèque bleue – Littérature de colportage de Lise Andries et Geneviève Bollème, Robert Laffont, 2003

 

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