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Suite à la sortie de la série Maison Close, on fantasme beaucoup sur la prostitution de la fin du XIXe siècle. Chantal Brunel a fait le point sur la réalité des conditions de vie des filles, et pour ceux qui désirent creuser le sujet, l’excellent ouvrage d’Alain Corbin Les filles de noce : misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, paru en 1982, est là pour rappeler la politique d’enfermement, de surveillance  et de criminalisation qui a conditionné le sort des prostituées de cette époque.

 

Si notre vision de la catin mise au ban de la société doit beaucoup au XIXe, il n’en a pas toujours été ainsi. Un livre de Jacques Rossiaud est sorti récemment (Amours vénales. La prostitution en Occident XIIe-XVIe siècle) qui établit, comme son titre l’indique, une vision d’ensemble de la prostitution en Europe durant la seconde moitié du Moyen-Age.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire, mais j’ai pu écouter un entretien de l’auteur et lire un article d’André Burguière qu’il a intitulé « Les putains respectées. »

Respectées, c’est beaucoup dire. Leur profession était considérée comme impure, ainsi que celle de bourreau par exemple, et elle devaient porter des signes distinctifs qui, s’ils n’étaient pas aussi répandus que ceux imposés aux juifs ou aux lépreux, n’en restaient pas moins stigmatisants.

En revanche, elles n’étaient pas exclues de la vie sociale comme on a pu le voir par la suite. Durant cette seconde moitié de Moyen-Age caractérisée par une certaine liberté de moeurs, le libre consentement de la prostituée étaient capital, et la condamnation se portait plus fréquemment sur les mères maquerelles que sur les filles de joie. Leur profession était reconnue au sein d’un cadre légal, et même protégée à certains égards. En outre, elles pouvaient, en cessant leur activité, trouver à se marier sans trop de difficulté, ce qui eût été impensable plus tardivement.

 

Quant à aujourd’hui, la situation n’est pas tellement plus reluisante qu’au XIXe siècle. On persiste à mépriser la prostituée, toute entière réduite à son activité de travailleuse du sexe, comme le dévoile l’utilisation toujours fréquente des expressions « se vendre » ou « vendre son corps », qui entretiennent la confusion entre l’Etre et le Faire.

Parallèlement,  la loi sur le racolage passif de 2003 les relègue dans des zones de non-droit – bois, autoroutes, etc..- éprouvantes et dangereuses. Faute de pouvoir les enfermer, on exile les prostituées pour ne surtout pas avoir à les apercevoir.

Que l’on cesse de mépriser la putain en excusant le client ne se fera pas du jour au lendemain, même si les frontières commencent à bouger. Mais la moindre des choses serait de commencer par protéger légalement une profession qui contribue, par ses impots, au bon fonctionnement de l’Etat qui la renie.

 

Complainte des filles de joie – Brassens

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