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Posts Tagged ‘Coca-Cola’

Un beau matin, j’ai fini par en avoir assez d’entendre des gens autour de moi répéter avec conviction que «si le Père Noël est en rouge, c’est à cause de Coca » sans que je puisse savoir avec précision ce qu’il en était, et faire quelques recherches – toutes les données de l’article ont été croisées et recoupées – en vue d’évacuer une bonne fois pour toutes cette légende aussi tenace qu’une trainée de suie (on ne songe jamais assez à la corvée de lessive qu’affrontent ces pauvres elfes le 26 décembre). Non, ce n’est pas Coca-Cola qui a peint le Père Noël en rouge. Mais quitte à raconter l’histoire de ce mythe actuel, autant partir du début :

De Saint Nicolas à Santa Claus

Au Moyen-Age se répand dans une partie du nord de l’Europe (Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Nord et Est de la France) le culte de Saint-Nicolas, que l’on prend l’habitude célébrer le 6 décembre, jour de sa mort. Cet évêque de Myre , située dans le sud de l’actuelle Turquie, passe dans les hagiographies pour un protecteur de la jeunesse. La légende inspiratrice de la tradition veut qu’ayant rencontré un père envisageant de livrer ses trois filles à la prostitution, faute de dot, il jeta dans leurs bas séchant devant la cheminée trois bourses d’argent.

Malgré la Réforme, il parvient à se maintenir tant bien que mal aux Pays-Bas sous le nom flamand de Sinter Klaas.
Or, un siècle plus tard aux Amériques, lorsque New Amsterdam devient New York en 1667, Anglais et Hollandais se trouvent amenés à cohabiter., et – rien de très nouveau sous le soleil – les vaincus apportent aux vainqueurs certaines de leurs tradition, à commencer par la fête de Sinter Klaas. Trouvant le mot imprononçable, les Anglais adoptent la fête mais s’empressent de rebaptiser le saint Santa Claus.

Seulement, deux fêtes pour les enfants dans le même mois, cela fait beaucoup. De fil en aiguille, les Anglais en viennent à mélanger les fêtes religieuses du 6 et du 25 décembre jusqu’à ce que ce soit finalement Santa Claus qui apporte aux enfants leurs cadeaux pour célébrer la naissance du petit Jésus.

La mise en place de la représentation actuelle

Jusqu’ici, ce Santa Claus pourvoyeur de présents est resté un vieil évêque austère en robe plus ou moins mitée, monté sur une mule. Pour faire rêver les enfants, on a vu mieux.
Le 23 décembre 1823, le journal New Yorkais Sentinel publie un poème attribué au clerc Clement Clarke Moore ,« A Visit From St. Nicholas », qui pose les bases premières de la représentation de Santa en gros bonhomme jovial aux joues rubicondes.

(…)
As I drew in my head, and was turning around,
Down the chimney St Nicholas came with a bound.

He was dressed all in fur, from his head to his foot,
And his clothes were all tarnished with ashes and soot.
A bundle of Toys he had flung on his back,
And he looked like a peddler, just opening his pack.

His eyes-how they twinkled! his dimples how merry!
His cheeks were like roses, his nose like a cherry!
His droll little mouth was drawn up like a bow,
And the beard of his chin was as white as the snow.

The stump of a pipe he held tight in his teeth,
And the smoke it encircled his head like a wreath.
He had a broad face and a little round belly,
That shook when he laughed, like a bowlful of jelly!

He was chubby and plump, a right jolly old elf,
And I laughed when I saw him, in spite of myself!
A wink of his eye and a twist of his head,
Soon gave me to know I had nothing to dread.

He spoke not a word, but went straight to his work,
And filled all the stockings, then turned with a jerk.
And laying his finger aside of his nose,
And giving a nod, up the chimney he rose!

He sprang to his sleigh, to his team gave a whistle,
And away they all flew like the down of a thistle.
But I heard him exclaim, ‘ere he drove out of sight,
« Happy Christmas to all, and to all a good-night! »

Le poème va connaître un grand succès aux Etats-Unis d’abord, puis dans le reste du monde, diffusant avec lui la figure de Santa Claus. L’Angleterre sera un des premier pays européens à le récupérer dans les années 1850 en l’adaptant à ses propres traditions, créant ainsi Father Christmas.

Soit dit en passant, relisez donc ces deux vers : « The stump of a pipe he held tight in his teeth,/And the smoke it encircled his head like a wreath »…Vous ne rêvez pas : à l’origine, le Père Noel fumait comme un pompier.

En parlant de pompier, on peut enfin en arriver à la couleur rouge. Pour l’instant, comme on peut le voir dans le poème, l’habit de Santa n’est pas attaché à une couleur particulière, ce qui va évoluer au cours de la seconde moitié du XIXe.

En 1862, le caricaturiste germano-américain Thomas Nast illustre la couverture du Harper’s Weekly d’une représentation de Santa aux couleurs du drapeau américain. C’est une image plutôt mélancolique, mettant en scène la séparation des soldats et de leur famille, en pleine guerre de Sécession. Mais par la suite, Nast ne va cesser d’illustre le Père Noël, travaillant sans cesse le personnage, lui construisant sa légende et son domicile au Pôle Nord.

La plupart de ces gravures, destinées à des journaux, n’étaient pas colorisées. En revanche, des chromolithographies illustrant le poème « A visit of St Nicholas » se multiplient, représentant progressivement un Santa Claus en habit rouge. En 1897, on trouve même des jeux de cube à cette image. En étudiant ces images, je me suis aperçue que nombre de ces jeux et livres ont été produits par la maison d’édition McLoughlin Bros., pionnière en matière d’édition couleur de livres pour enfants et qui a sans doute dû par là jouer un rôle dans la diffusion de cette représentation.

Parallèlement, l’imprimeur Louis Prang invente la carte de Noël. Le personnage de Prang lui-même est atypique : né au royaume de Prusse, il participe à travers ses voyages en Europe au Printemps des peuples de 1848,et est contraint de s’exiler d’abord en Suisse, puis aux États-Unis. Les cartes de voeux qu’il produit, rencontrant rapidement un certain succès, montrent pour beaucoup un Santa Claus indubitablement vêtu de rouge.

Cette image de 1885 met en scène l’invention toute récente du téléphone, qui a commencé à faire son apparition dans les foyers américains en 1877. Les enfants sages représentés sont donc loin d’être les plus défavorisés.

La diffusion à travers Coca-Cola

Tout commence dans les années 1920, quand Coca-Cola lance une campagne de publicité pour répandre l’idée que le coca ne se boit pas qu’en été et qu’il peut au contraire être consommé à n’importe quelle saison.

En 1930, une première publicité de Fred Mizen montre un Père Noël en habit rouge et fourrure blanche au milieu de la foule d’un centre commercial, savourant un coca. Puis en 1931, la marque fait appel à Haddon Sundblom pour illustrer une nouvelle campagne ayant pour vedette Santa se désaltérant d’un coca-cola entre deux cheminées.

La Coca-Cola Company n’est donc en rien l’inventrice de l’image actuelle du Père Noël, ce qui est d’ailleurs rappelé sur leur site, au milieu de bon nombre d’imprécisions. Le fait qu’il soit habillé aux couleurs de la marque était une aubaine, elle en a profité avec à-propos. En revanche, c’est sans doute cette campagne publicitaire ainsi que les suivantes qui ont contribué, par l’ampleur de la renommée de Coca-Cola, à diffuser et fixer dans les esprits à travers le monde la représentation actuelle de Santa Claus. Amen.

(Pour revenir à l’essentiel après tant de sérieusetés: Et si le Père Noel était allé vivre au Kirghizistan ?)

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