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Archive for the ‘L’Antichambre : où l’on échange quelques mots en passant’ Category

Le château de Versailles est à lui seul un objet de recherche, étudié depuis des lustres tant par les historiens que par les historiens de l’art.
Et pourtant…

Pourtant, lors de la grande restauration de la galerie des Glaces de 2004-2007, les conservateurs ont eu la surprise de taille de découvrir, représentée au-dessus d’un chapiteau… une armure de Samouraï. A laquelle personne, étant donné la hauteur de plafond et l’assombrissement des fresques par la crasse accumulée au fil des ans, n’avait prêté la moindre attention.

 


Qu’est-ce qu’un Samouraï a bien pu venir faire à Versailles, me direz-vous ? Eh bien, le plus curieux dans cette ô combien curieuse affaire est que malgré toutes les recherches des spécialistes, il n’ait été trouvé aucune trace de la venue d’une ambassade japonaise, ni même la moindre mention de l’armure ou de la fresque.

Les conservateurs, qui comme vous pouvez vous en douter, n’en croyaient pas leurs yeux, se sont dépêchés de mener l’enquête et ont fini par retrouver au musée de l’armée une armure de Samouraï, dont les couleurs correspondaient parfaitement à celle de la peinture. Selon les experts du musée, on trouve effectivement des traces de l’amure sous Louis XIV. En revanche et à leur propre surprise, impossible de retrouver l’origine de l’acquisition de l’armure. Une fois encore, le vide abyssal.

A ce jour, aucun indice ne permet donc d’expliquer la présence de cette armure au musée, ni à plus forte raison la raison de sa représentation dans la galerie des glaces.
Cela viendra, sans doute. Mais d’ici là, les historiens devront céder la place aux brodeurs d’histoires…

Source : Nicolas Milovanovic, conservateur en chef au château de Versailles, au cours d’une conférence intitulée « Les peintures de la galerie des Glaces et des appartements royaux : l’iconographie du pouvoir », cet après-midi même, dans le cadre d’un séminaire de l’EHESS.
Edit (avril 2012) : Un généreux contributeur vient de m’envoyer la photographie de la peinture, prise durant la restauration de 2004-2007. Ladite restauration ayant été financée par l’entreprise Vinci, cette dernière avait mis en ligne un site internet présentant des photographies dont l’ensemble reconstituait une vue exhaustive de la voute.

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La découverte sidérée dans cet article de blog du guide de savoir-vivre écrit par Barbara Cartland m’a replongée dans l’un de mes plus vieux vices cachés : les traités de bonnes manières.

Je ne m’attends pas à faire comprendre à mes béotiens de lecteurs – heureusement pour eux, diront les mauvaises langues – le plaisir raffiné de se pencher sur des questions essentielles telles que la manière dont vos enfants devraient parler aux domestiques, ou de dresser un plan de table selon qu’un cardinal, une vieille duchesse ou un chef d’État sont de la partie.

Cependant au-delà du potentiel humoristique prononcé, l’étude des bonnes manières et de leur histoire peut présenter une source d’intérêt indéniable. D’ailleurs tenez-le vous pour dit, je compte bien en décortiquer quelques uns ici de temps à autres.

Quelle est la part dans le savoir-vivre de marque d’appartenance à un milieu, de formatage social ou simplement de régulation du vivre-ensemble ? Les manuels sont innombrables, et diffèrent selon leur but et leur destination. Un guide nobiliaire du début du XXe traitant des 1001 moyens de ne pas couper sa salade n’aura pas le même usage qu’une brochure à quelques sous de la bibliothèque bleue enseignant à ne pas se moucher à table, même si l’on reste dans la même logique.

Comme le rappelle Lise Andries en citant Norbert Elias, « ce furent d’abord les personnes d’un rang social supérieur qui exigèrent des individus socialement inférieurs ou éventuellement de leurs pairs un contrôle plus rigoureux des pulsions ou un refoulement de l’affectivité. »
Tout est là : savoir tenir son rang.

A tel point que Lise Andries achève son article par une affirmation de Charles Nisard qui appellerait pour le moins à être discutée : « Les révolutions qui ont déchiré la France et transformé nos mœurs ont confondu toutes les différences qui distinguaient  entre eux les membres de l’ancienne société française, ce qui tendait à régler les rapports des uns avec les autres est désormais devenu inutile. L’égalité a tué la civilité. »

On pourrait penser au contraire que dans une société où n’étant plus soumis à un rapport de domination, chacun est l’égal de l’autre, la civilité est plus que jamais cruciale. Mais d’autres questions se posent, comme l’abandon de la galanterie ou le rapport à la liberté d’une politesse qui repose, par définition, sur le conformisme.


Que deviendrait la politesse dans une société anarchiste ? Vous avez deux heures.

(à toutes fins utiles, rappelons que police et politesse n’ont pas, contrairement aux apparences, la même étymologie.)

Approfondir :
« Les manuels de savoir-vivre de la bibliothèque bleue », Lise Andries

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D’accord, on aurait plutôt tendance aujourd’hui à fêter son 90e anniversaire. Mais au lieu de s’attrister sur les sombres perspectives d’avenir d’un parti quasi moribond, je préfère revenir au journal télévisé qui célébrait, le 29 décembre 1970, le cinquantenaire de la création du PC. (On ne remerciera jamais assez le site de l’INA pour les perles qu’il contient.)

Du 25 au 30 décembre 1920, donc, pour ceux qui auraient séché les universités d’été du parti, a eu lieu le Congrès de Tours, ou plus exactement le 18e congrès national de la SFIO.
En fait de trêve de Noël, on eût plutôt droit à un joyeux carnage qui vit la séparation des partisans, minoritaires, du maintien de la IIe Internationale -ceux qui restèrent à la SFIO, donc- et des partisans -majoritaires- du ralliement à la IIIe Internationale, créée à Moscou en mars 1819 sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks.
Le Congrès de Tours voit alors naître malgré les récriminations de Léon Blum un nouveau parti, la Section française de l’Internationale communiste, qui devient rapidement le PCF.

La vidéo est intéressante en ce qu’elle fait intervenir un témoin direct, ce qui, forcément, est un tantinet plus compliqué à notre époque.

La vidéo en question

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J’ai récemment eu l’occasion d’assister à un colloque international pluridisciplinaire sur le pouvoir de l’imagination à l’époque moderne. Le résultat était passionnant, comme on peut s’y attendre, en particulier par la pluralité des approches permettant de cerner les diverses implications de la « folle du logis », croisant philosophie, littérature et histoire culturelle.

J’aurai sûrement l’occasion de reparler plus en détail de l’une ou de l’autre de ces communications. D’ici là, voici l’argumentaire du colloque :

 

  • Ce colloque a pour objectif d’explorer l’histoire des traditions orthodoxes et hétérodoxes de la force de l’imagination dans la période couvrant les XVIe-XVIIIe siècles. Contre l’idée traditionnelle d’une imagination limitée et passive, certains auteurs avançaient l’argument d’une puissance active ou créatrice de l’imagination.

    Le paradigme aristotélicien se trouvait notamment combattu par des philosophes soutenant que l’imagination ne recomposait pas simplement des images, mais pouvait aussi les créer. Des mathématiciens conjecturaient de même que l’imagination n’était pas tautologique, mais qu’elle avait la capacité de créer de nouvelles connaissances. D’après certains médecins, l’imagination avait aussi une force psychosomatique, causant des maladies telles que la mélancolie ou la lycanthropie, et quelques-uns d’entre eux croyaient que cette force créait jusqu’aux stigmates des saints. Selon une opinion communément reçue à l’époque, l’imagination de la mère déterminait la figure de l’enfant à naître, mais quelques auteurs postulaient en outre que l’imagination pouvait agir également sur des objets extérieurs au corps.

    Les idées très riches et très complexes liées à la thèse d’une imagination forte furent amplement discutées et contestées dans la première modernité, leur circulation entre la philosophie, la littérature, les arts, la mathématique, la médecine, les sciences, les traditions populaires, la divination, la sorcellerie, la démonologie ainsi que la religion, fut nourrie d’intenses débats. Pour mieux comprendre les différentes traditions de l’imagination aux XVIe-XVIIIe siècles, il convenait de réunir des chercheurs venant des différentes disciplines concernées et d’établir sur cette question pluridimensionnelle un échange interdisciplinaire. Tel est le but poursuivi par ce colloque.

 

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En latin, olim et nunc, c’est « autrefois et maintenant ».

Évidemment, cela pose la question du rapport de l’histoire au présent. On entend souvent parler de l’utilité de l’histoire qui permettrait de ne pas renouveler les erreurs du passé… Soyons clairs, c’est une vaste fumisterie. Je doute même que quelqu’un ait jamais cru un jour à ce poncif, qui offre sans doute surtout l’avantage de combler quelques lignes d’un discours fastidieux.

Si l’histoire doit jamais servir au temps présent, c’est en permettant de comprendre le pourquoi du comment, et d’appréhender  la mise en place de traditions, de mécanismes et de pensées considérés comme immuables.
Puisque l’ethnologie s’efforce de nous laver d’un ethnocentrisme tenace, l’histoire peut faire de même pour ce qui serait alors un chronocentrisme, à savoir le fait , d’une part, de juger toute chose suivant les repères de notre époque sans tenir compte du contexte, mais également d’autre part, de penser ces repères de manière essentialiste, comme s’ils avaient toujours été tels que nous les connaissons.  Historiciser, donc, pour se débarrasser enfin du mythe de l’insupportable « de tous temps ».

Le projet de ce blog – autant vous rassurer tout de suite, lecteurs dubitatifs – n’est pas de renverser d’un coup de plume mégalomaniaco-belliqueuse l’ensemble des préjugés qui trainent dans ce domaine. Il faudrait une vraiment très  grosse plume, ce qui n’est pas mon cas.
En revanche, je peux essayer de remettre certains faits de l’actualité en perspective, ou encore faire partager les curiosités diverses sur lesquelles je tombe de temps à autres au fil de mes recherches.

Et si l’idée vous tente, eh bien, soyez les bienvenus !

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